Résilience et territoires La résilience des réseaux et des territoires est indissociable


Urbanisation, globalisation, raréfaction des ressources, changement climatique, extinction de la biodiversité, pollutions : tous ces défis indiquent que les territoires s'inscrivent dans un monde complexe et incertain. Les réseaux de transport sont à l’évidence au cœur de ces enjeux. Penser la résilience des territoires ne peut se faire sans penser celle des réseaux et inversement. La résilience d’un réseau, de quoi parle-t-on ? Le concept de résilience donne lieu à différentes définitions suivant le contexte dans lequel on l'applique. Les travaux menés par le CEREMA ces dernières années permettent de proposer la définition suivante d'un réseau résilient : « Un réseau résilient aura la capacité d’anticiper, de réagir et de s’adapter pour s’inscrire dans une logique de développement durable, quelles que soient les différentes perturbations auxquelles il devra faire face. » Il est important de noter ici que l’on ne se limite pas à une préoccupation de retour à un niveau de service minimal « ou de rebond » suite à une défaillance. On s’inscrit bien dans un temps plus long, cyclique, avec une volonté continue de trouver des réponses optimales face à une situation donnée. En effet, un intérêt majeur du concept de résilience des réseaux est de considérer que les risques – éprouvés ou potentiels - sont une source d’opportunité. Ils doivent être par conséquent intégrés le plus en amont possible pour améliorer les projets, les processus d’exploitation et de maintenance, etc. Quels sont les différents types de risques ? Pour envisager une stratégie de résilience des réseaux, il est bien évidemment nécessaire de bien comprendre l’ensemble des risques pouvant engendrer des perturbations. Ces risques peuvent prendre la forme de chocs (tempêtes, inondations, attaques terroristes, accidents, coupures d’électricité, mouvements sociaux, etc) ou de perturbations lentes (érosion du littoral, sécheresse, glissements de terrain lents, entretien et maintenance non adaptés, multiplication des incivilités ou d’actes de malveillance, etc). Le changement climatique affecte les réseaux dès lors qu'il modifie les aléas naturels en intensité et/ou en fréquence et leur localisation. Il est à même de produire un environnement plus agressif vis-à-vis duquel ces systèmes n’ont pas été conçus. Les défaillances potentielles générées par ces perturbations sont multiples et les impacts associés également : dommages aux biens et aux personnes, atteinte à l’environnement, paralysie ou isolement socio-économique d’un territoire, investissements retardés, etc. Ces impacts sont d’autant plus prégnants - et parfois médiatiques - lorsque les réseaux sont fortement sollicités et exploités à la limite de leur fonctionnement nominal. Enfin, une autre forme de risque est aussi possible : des réseaux de transport peuvent être fiables tout en étant mal intégrés à leur territoire. Ils peuvent eux-mêmes en devenir une menace ou une faiblesse : augmentation de la congestion automobile et des nuisances importées, ruptures des continuités écologiques, cicatrices dans les paysages, barrières entre territoires, etc. Quelles sont les réponses apportées par le concept de résilience ? L’approche « résilience » permet de mobiliser de multiples leviers favorisant une intégration dynamique et fédératrice des risques dans les projets de territoire. S'agissant des réseaux, identifier l’ensemble des menaces et perturbations est souvent une première étape. Elle est néanmoins insuffisante pour parler de résilience. Ainsi, la mise en place d’une gouvernance autour d’une thématique « mobilité » à une échelle non pas administrative mais adaptée aux bassins de vie économique peut être une idée intéressante. L’inclusion des usagers pour co-construire des politiques publiques ou des projets est également un excellent moyen d’impliquer la population dans les décisions pour que les services soient adaptés aux besoins réels des territoires. L’innovation est aussi au cœur des leviers de résilience : elle est indispensable pour intégrer en amont les risques connus ou émergents pour inventer des réponses non conventionnelles. Par exemple, les approches multi-bénéfices feront d’une infrastructure de transport une solution de mobilité, ainsi que d’énergie, d’écologie urbaine, etc. Ces approches nécessitent une ingénierie sortant des logiques fonctionnelles en silo. La Biennale des Territoires illustre très concrètement ces leviers de résilience, elle permet à chaque acteur de mieux comprendre le potentiel de ce concept et de s’inspirer pour le mobiliser concrètement. Rendez-vous les 18,19 et 20 mars prochains ! Nicolas BEAUREZ Directeur de projets résilience et sécurité globale des territoires au Cerema